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Utilisation Inappropriée des Médicaments et système de soins quelles perspectives pour la sécurité des patients

17. 06. 17

Le Directeur Général du Centre MURAZ, Dr Hien Hervé a animé une conférence avec les participants au Diplôme Inter Universitaire (DIU) en antibiotique et antibiothérapie en Afrique Sub-saharienne de l’INSSA sur les "Défis de l'utilisation inappropriée des médicaments et le système de soins quelles perspectives pour la sécurité des patients en Afrique."  A l’issue de cette conférence, il a répondu à quelques questions sur le sujet. Notons que cette étude a été menée à dans la ville de Bobo-Dioulasso et a concerné principalement les personnes âgées (PA) comme cible de l’étude. Lisez plutôt !

 

Une définition de l’utilisation inappropriée des médicaments !

Dans ce contexte précis, selon le Dr HIEN l’utilisation inappropriée d’un médicament pourrait être considérée comme l’utilisation d’un médicament qui présente un risque d’effets indésirables, en présence d’une alternative sure, une sous-utilisation ou une sur-utilisation d’un médicament devant une condition clinique). Ces médicaments proviennent de la prescription médicale, de l’automédication (vente libre dans les officines et dans le marché informel). Ces médicaments qui ont été retrouvé lors des soins dans nos formations sanitaires présentent des risques importants au niveau individuel et collectif (morbidités, mortalités surcouts financiers pour les ménages) et pour le système de soins (mauvais indicateur de soins, insécurité des patients, couts élevés pour les soins). Selon les données de l’OMS (http://apps.who.int/medicinedocs/fr/d/Js4873f), à l’échelle mondiale, plus de 50 % de tous les médicaments sont prescrits, distribués ou vendus de manière inappropriée. En même temps, environ un tiers de la population mondiale n’a pas accès aux médicaments essentiels et 50 % des patients ne les prennent pas correctement.

Pourquoi ces médicaments potentiellement inappropriés sont apparus ?

L’évolution de la situation sanitaire avec une natalité élevée et une longévité faible, vers une natalité faible et une longévité élevée, définit la transition démographique. Celle-ci participe à la transition épidémiologique avec une augmentation des maladies chroniques. Cette transition épidémiologique induit une transformation du système de santé qui doit adapter ses réponses. Les transitions démographiques puis épidémiologiques exigent une augmentation et une diversification des ressources pour prendre en charge les personnes souffrant de problèmes de santé chroniques, plus nombreuses à cause du vieillissent de la population. De la prise en charge des pathologies chroniques émergentes l’utilisation de plus en plus élevée des médicaments potentiellement inappropriés.

Quelles sont les raisons de l’utilisation inappropriée des médicaments lors des soins : Le rôle du système de soins ?

Le système de soins est dans une approche de gestion dans l’urgence des pathologies chroniques, une absence de coordination avec d’autres prestataires de soins, une faible mise en œuvre des activités d’information, d’éducation et de communication (IEC) pour renforcer l’autonomie des patients, une faible formation continue des prestataires, une insuffisance du travail en équipe, une absence de normes et de protocoles de prise en charge des personnes avec des pathologies chroniques. Les principaux prescripteurs des MPI étaient les infirmiers du premier niveau de soins. Les caractéristiques des prestataires pouvant contribuer à expliquer l’utilisation des MPI sont : l’insuffisance de la planification des absences, leur formation initiale inadaptée, l’absence de suivi de leur travail (évaluation), leur relation avec la personne âgée lors de la consultation de type paternaliste, leur faible sentiment de redevabilité vis-à-vis des patients et de leurs paires. Les caractéristiques des patients pouvant expliquer l’utilisation des MPI sont les multi-morbidités (présenter au moins deux pathologies chroniques), la poly-médication (consommer au moins 3 médicaments pour un épisode de soins), le recours aux soins mixtes (formels et informels). Les soins informels sont l’automédication, la médecine traditionnelle, l’utilisation de médicaments du marché informel (rue) et de la vente libre dans les officines.

Que faire pour limiter l’utilisation de ces médicaments dangereux pour la santé humaine ?

Au niveau macro, pour accompagner l’utilisation rationnelle des médicaments lors de ssoins, la mise en place d’un comité d’experts de consensus national pourrait permettre de concevoir des directives pharmaceutiques et thérapeutiques centrées sur la prise en charge des personnes avec des multimorbidités. Ce comité peut être constitué des spécialistes des sociétés savantes et des médecins généralistes des hôpitaux.

Au niveau méso, c’est la conception et l’application d’un dossier médical partagé pour la prise en charge des multimorbidités dans les hôpitaux. C’est également l’appui à la formation continue des prestataires. Cette formation continue pourrait s’inscrire dans la logique de l’accréditation des prescripteurs pour la prescription rationnelle.

Au niveau micro, c’est la mise en place des comités pharmaceutiques et thérapeutiques dans les hôpitaux de district pour coordonner la prescription rationnelle pour les soins des personnes avec des multimorbidités. Ces comités peuvent être une opportunité pour développer une approche multidisciplinaire et proactive des soins, pour réfléchir sur l’utilisation des fiches d’IEC pour l’autonomisation des patients avec des multimorbidités et pour définir le rôle d’un coordinateur de soins à domicile qui surveille l’utilisation des médicaments. 

 

Par : SCRP-CM